Mesure des performances des projets

Cet article  a pour objet de définir l’approche projet, puis de préciser et de situer la démarche de l’évaluation financière dans l’ensemble du cycle du projet.


1. Définition et mesure des performances des projets

L’étude des différentes catégories de projets permettra de compléter la définition générale. Malgré la diversité des projets, il sera important de rechercher à apprécier leurs performances.

       1.1. Définition d’un projet d’investissement

               1.1.1. Du projet d ‘investissement au système projet

Le terme « projet » fait l’objet d’une utilisation fréquente. Partons d’une définition étymologique. L’investissement est représenté par des immobilisations nouvelles corporelles ou incorporelles (éléments de dépenses dont la durée de vie est supérieure à un an). 

Un projet est un ensemble cohérent d’activités.

 » Sous l’aspect financier, un projet d’investissement représente l’acquisition d’un
ensemble d’immobilisations, permettant de réaliser ou de développer une activité (ou
un objectif) donnée.
Dans son aspect commun, il correspond i une dépense immédiate dont on attend
des avantages futurs. « 


Les éléments caractéristiques d’un projet sont l’envergure et la finalité. L’envergure est ce qui permet de distinguer un projet d’investissement d’un ensemble de charges (avec les ambiguïtés liées à la distinction entre charges et immobilisations). 

Peut-on parler par exemple d’un projet d’organisation ou de
formation 1? 

L’existence d’un investissement ne suffit pas ; un projet doit avoir
un objectif cohérent. La notion de projet est liée à celle de produit (activité), que l’on caractérise généralement par trois éléments e un bien ou un service, un marché, une technologie.

La finalité du projet (cohérence) peut concerner plus particulièrement l’un de ces trois éléments : 
la création d’un bien, la conquête d’un marché et le changement
technologique .
Il existe également la notion de SYSTEME PROJET .Celui-ci regroupe quatre pôles (ou acteurs)

— le projet;
— le porteur (initiateur de l’idée);
— les ressources nécessaires (financières, humaines…);
— l’environnement, par les influences qu’il exerce (problèmes d’impact).

Cette approche selon ces auteurs a l’avantage de mettre en avant les nombreux problèmes de cohérence et facilite l’étude des risques .
Il est important de bien distinguer l’investissement et le placement.
Le placement est une opération de financement (direct ou indirect) d’un investissement. Il sera indirect lorsqu’il concernera un organisme qui financera lui-même l’investissement. L’investissement est une création de richesse.

L’opération de financement n’est pas en elle-même une création de richesse comme l’investissement. Par contre, elle influe sur la répartition des richesses générées par l’investissement, Mais ceci ne veut pas dire que les conditions de financement n’influent pas sur le niveau des investissements . La distinction est fondamentale pour la méthodologie et justifie le découpage « avant et après » financement.

2. La mesure des performances des projets

L’appréciation ex ante d’un projet est essentielle. Il est possible de con sidérer plusieurs niveaux de réflexion:

— celui des critères, nombreux, complémentaires ou concurrents qui dépendent notamment de la nature des projets (cf. infra) avec la tentative, souvent délicate, de synthèse opérée par les méthodes multicritères;
— celui des conditions d’utilisation de ces critères, qui concernent à la fois l’environnement du projet (localisation, informations disponibles) et le point de vue de l’analyste (les mêmes critères ne sont pas valables partout);
— celui de la finalité, c’est-à-dire de la nature de la décision qui doit être prise
– choix entre plusieurs projets ou variantes,

– aide à la réalisation (modifications d’hypothèses de travail…).

C’est un niveau politique entièrement dépendant du réalisateur du projet (ouporteur). Le processus de décision lui-même a fait l’objet d’études récentes et le
modèle monorationnel que nous enseignons est parfois contesté 1 .
1.3.1 Les critères d’appréciation
La première opposition est relative aux critères financiers et économiques. Mais
il est aussi fait appel, dans les décisions, à des critères « qualitatifs », qui regroupent souvent l’ensemble de tout ce qui n’a pu être quantifié dans l’analyse des performances. Avant de développer l’approche financière pour l’entreprise et pour l’exploitation familiale, faisons référence à quelques concepts généraux
d’appréciation des projets.

    2.1. De la pertinence à l’efficacité


Les performances (d’une façon générale) sont assez bien mesurées au niveau de l’entreprise. Des difficultés demeurent lorsqu’on se situe dans des projets collectifs. Il est souvent nécessaire de se situer à différents niveaux d’analyse,

celui des agents concernés et du projet dans sa globalité bien sûr, mais aussi celui des différentes actions choisies, et dont on veut mesurer la pertinence, la cohérence, l’efficience et l’efficacité.

— La pertinence fait en général référence à une adéquation des objectifs du projet à son environnement. Pour un projet local, c’est «soutenir des objectifs et des actions locales qui présentent un intérêt suffisant au regard des enjeux locaux et départementaux, qu’ils soient objectifs ou subjectifs »

— La cohérence vise l’adéquation des moyens du projet aux objectifs (et à son environnement) « soutenir des procédures, des outils et des actions qui soient susceptibles de répondre aux objectifs et aux enjeux locaux et départementaux ».

Parfois les deux notions sont confondues. « La pertinence d’un projet peut être définie comme sa capacité à réaliser les objectifs qui lui sont assignés… et revient à mesurer ses risques de défaillances » .

— L’efficacité s’apprécie par rapport aux objectifs de l’organisation .
 Elle correspond donc à la capacité à réaliser ses objectifs.

L’efficience est « la somme des outputs obtenus par unité d’input ». L’efficience est donc générale, elle est mesurée par les indicateurs classiques des entreprises.

C’est essentiellement à ce niveau que se situe l’évaluation financière.

       2.2. Les critères financiers

Les indicateurs financiers au niveau de l’entreprise
Les critères financiers expriment le point de vue du projet en tant que centre de décision autonome, ou celui des propriétaires des capitaux, véritables décideurs dans le projet. Cette distinction permet de séparer la rentabilité financière  de la rentabilité globale , souvent improprement appelée rentabilité économique par les financiers .

Le tableau I décompose la rentabilité financière (bénéfice net/capitaux propres) en ses principales composantes.
La rentabilité globale (bénéfice avant financement/capitaux permanents), modifiée par le niveau et le coût de l’endettement extérieur, exprime la rentabilité du projet, indépendamment de toute politique financière.
La relation entre la rentabilité globale et le coût de l’endettement détermine l’effet de levier, utile à la définition du niveau de l’endettement extérieur La rentabilité globale apparaît comme le produit de la profitabilité par la rotation des capitaux.

La profitabilité exprime le point de vue commercial (revenus tirés des ventes). La rotation des capitaux mesure l’utilisation des capitaux permanents par l’activité (ou la capacité pour une activité à générer un chiffre d’affaires).

La rotation des capitaux apparaît aussi comme le produit de la productivité du travail par l’inverse de l’intensité capitalistique.
La productivité représente le point de vue de la production dans le pro jet (ici le rendement du travail).
L’intensité capitalistique dépend des processus de production utilisés (plus ou moins grande utilisation de capital par rapport au travail).

La rentabilité financière apparaît ainsi comme le résultat de quatre éléments principaux (dont les trois premiers constituent la rentabilité globale) la profitabilité, la productivité, l’intensité capitalistique et l’endettement.

Ceci nous indique que l’amélioration des performances peut être recherchée dans plusieurs directions. Il est important qu’il y ait une certaine additivité dans les différents critères (à des fins essentiellement de contrôle), c’est-à-dire que les différents sous-indicateurs soient liés à une performance plus globale considérée comme essentielle. Il est évident que ce schéma doit être complété et adapté à la spécificité des projets.

Sur le plan macro-économique, des études ont montré une baisse cons tante, pendant une vingtaine d’années, de la rentabilité globale et financière avec une remontée depuis 1983.



Les indicateurs financiers au niveau de l’exploitation familiale
L’approche précédente, même si elle est très générale, concerne les agents dont les comportements sont attachés au concept d’entreprise. Or c’est loin d’être le cas de tous les agents, notamment des petites unités et du monde agricole qui considèrent la notion de rentabilité du capital comme plus secondaire, c’est pour eux la valorisation du travail qui prime. 

Par ailleurs, l’information disponible dans une petite exploitation familiale n’est pas la même que dans une entreprise classique. Ceci ne remet pas en cause la technique des ratios-chaîne mais la complète.

Selon cette présentation, le travail est « servi » pas la rentabilité qui peut être encore masquée par la profitabilité et la rotation des capitaux. Le bénéfice est ici donné à titre général, il pourra aussi correspondre au résultat d’exploitation ou à l’excédent brut d’exploitation, selon les situations et les analyses.


           2.3. Les critères économiques

Financiers et économistes communiquent assez peu malgré leurs domaines communs. Ils préfèrent leur langage spécifique. Ainsi, pour l’économiste, «financier» est souvent synonyme de financement ou de marché financier. Pour le financier, «économique» est synonyme d’avant financement dans l’ignorance de la démarche collective.

Au sens des économistes, les critères économiques expriment le point de vue de la collectivité, généralement représenté par l’Etat ou une collectivité locale.

Partant de l’évaluation financière, la démarche principale peut se résumer dans les opérations suivantes:

— introduire des corrections de prix dans la mesure où ceux-ci ne répondent plus à leur qualité essentielle d’indice de rareté;
— tenir compte des effets induits par le projet, dans une optique plus large que celle du projet (collectivité nationale par exemple).

Plusieurs méthodes permettent d’exprimer ces points de vue, par exemple la méthode des prix de référence et la méthode des effets 3 . Il faut remarquer que l’existence de critères économiques n’enlève pas l’utilisation de critères financiers. Au contraire, il existe une dynamique entre ceux-ci .

Ce qui distingue actuellement l’économique du financier, c’est:
— un point de vue différent (collectivité contre simple agent), mais l’Etat est aussi un agent tandis que certains agents sont des groupes; une méthode différente (neutralisation des transferts, unités de mesure différentes…), mais au sein de chaque grand critère n’y a-t-il pas déjà une très grande diversité et même des conflits?
La diversité et la complexité des situations pourraient en rendre caduques ces distinctions entre financier et économique sans qu’il y ait pour autant domination d’un critère sur l’autre.


Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cart
Your cart is currently empty.